Mercredi 5 mars 2008

Être enceinte et accoucher au Japon

Catégorie Le Japon vu par..., Notre famille à 13:55 par Claire   Imprimer cet article Imprimer cet article

Nous avons appris la présence d’une petite vie bien cachée dans mon ventre le jour de notre anniversaire de mariage qui cette année là était également le jour de la fête des pères ! Le 17 juin dernier, un test de grossesse des plus classiques nous apprenait que nous aurions bientôt la joie d’accueillir chez nous un petit bébé.

 

Nous avons ensuite attendu quelques jours (le temps de faire deux autres tests, afin d’être vraiment surs…) avant de nous rendre à l’hôpital pour faire confirmer la grossesse.

Nous avons choisi l’hôpital catholique de Seibo pour plusieurs raisons : possibilité de traduction en français, proximité, réputation, qualité des soins. Cependant, contrairement à la majorité des expatriées, nous avons décidé de nous rendre directement sur place et d’être suivis par un médecin là bas. Les expats sont en général suivies par un gynécologue extérieur qui les reçoit dans son cabinet et elles ne viennent à Seibo Hospital que pour visiter et pour accoucher.
Le 23 juin, donc, nous avons été à l’hôpital. Comme en France, j’ai eu droit à une prise de sang. J’ai également eu une échographie mais la grossesse étant trop récente, mon petit bébé est resté invisible. A partir de ce jour là, nous avons eu des rendez vous très régulièrement. D’abord toutes les 5 semaines, puis de plus en plus fréquemment, jusqu’à un rendez vous toutes les semaines le dernier mois.
Au programme de ces rendez-vous, une échographie. Eh oui, à chaque fois, nous pouvions voir notre petit bébé qui grandissait ! A partir de la 12ème semaine de grossesse, j’avais également prise de poids, de tension et analyse d’urine. Et aucun examen gynécologique jusqu’à la 37ème semaine de grossesse.
Certain(e)s diront que autant d’échographies ne sont pas bonnes pour le bébé. Peut être, mais je préfère avoir eu une douzaine d’échographies de 3 minutes chacune que 3 échographies d’une demi-heure, comme c’est le cas en France.
L’absence d’examen gynécologique a aussi beaucoup surpris mes amies suivies en France mais médicalement, rien ne justifie ces examens nombreux et intrusifs qui font partie du suivi médical dans la plupart des maternités françaises.
J’ai eu en tout 3 prises de sang et il n’y en a pas plus au programme si on n’est pas immunisée contre la toxoplasmose (elles sont alors mensuelles en France). La première visait à confirmer la grossesse et à chercher d’éventuelles maladies ; les deux autres servaient à dépister des anémies. A propos d’anémies, aucun complément ne m’a été prescrit (acides foliques, fer, magnésium) ; ils sont presque systématiques en France.
Il y avait donc pas mal de différences dans le suivi et bien que cela ait été un peu perturbant au départ, je m’en suis très bien accommodée, trouvant qu’il y avait ici moins de médicalisation.

Le médecin qui me suivait parlant anglais couramment (et chinois, mais ce fut moins utile), nous n’avions aucun souci pour communiquer (car Arnaud était présent à chaque fois).
J’ai eu une grossesse sans problème de santé, la seule chose ayant perturbé le médecin étant ma prise de poids, bien supérieure aux 8 kilos que les japonaises prennent en moyenne ! Je paraissais énorme à côté de leurs petits ventres dans la salle d’attente !

A la fin du premier trimestre, il a fallu que nous nous rendions à la mairie de notre –ku (arrondissement) pour déclarer la grossesse. On nous a remis à cette occasion le carnet de la mère et de l’enfant, carnet de santé de la grossesse et des premières années de bébé. Le mien est bilingue anglais/japonais. Nous avons également reçu deux tickets correspondants à deux visites gratuites lors de la grossesse. Ici, la grossesse n’étant pas considérée comme une maladie, elle n’est pas couverte par la sécurité sociale. Tous les frais liés à la maternité sont donc à la charge de l’assuré à l’exception de ces deux visites durant la grossesse et de la visite du premier mois de bébé. De plus, le gouvernement offre une prime de naissance de 350 000 yens (plus de 2000 euros).

Je le disais plus haut, il y a deux manières d’être suivies pendant sa grossesse : soit dans le système japonais comme nous l’avons fait, soit par le Dr des expats. Trois différences majeures : le lieu du suivi, le coût (du simple au double, voir beaucoup plus) et la péridurale. En effet, dans l’hôpital où j’ai accouché, seules les patientes du Dr S. peuvent bénéficier de cet anti-douleur. La péri, au Japon, est loin d’être systématique ! Cela varie d’un endroit à l’autre : un hôpital la propose à la condition d’accoucher dans la journée et non le soir, un autre la fera si la femme accepte d’être déclenchée deux semaines avant terme et dans ce cas là, le papa ne pourra pas assister à l’accouchement ! Là où j’ai accouché, il n’est pas possible de la demander. Au moins, j’étais prévenue : j’allais avoir mal ! Mais cela m’a permis de me préparer efficacement. Et je me disais que des milliards de femmes l’avaient fait avant moi, pourquoi croire que c’est impossible ?

Nous avons suivi un week-end de préparation à l’accouchement en anglais (là aussi, Arnaud a dû faire office de traducteur même si j’ai fait des progrès). Nous étions 10 couples, dont 3 français. A cette occasion, j’ai appris qu’il ne serait pas forcément possible d’éviter certains gestes médicaux routiniers lors de l’accouchement. Nous avons beaucoup apprécié ces cours qui nous ont permis d’apprendre comment gérer la douleur. Nous avons aussi parlé pratiques médicales, allaitement, etc.
Suite à ces cours, nous avons pu rédiger notre « birth plan », demandé par la maternité. Il s’agit de mettre par écrit nos préférences et nos choix pour vivre au mieux l’accouchement. Nos exigences étaient nombreuses et lorsque nous avons présenté notre projet de naissance, on nous a dit que certaines choses ne seraient pas possibles. Par exemple, ici au Japon, les pères ne coupent pas le cordon ombilical car c’est un acte médical. Ou encore, bébé aurait les bronches aspirées, c’est une routine. De plus, on nous a informé que pour qu’Arnaud puisse assister à la naissance, il fallait payer !
Nous en étions là le 2 février au matin. Nous en étions toujours là 15 jours plus tard, lorsque Pauline a décidé qu’il était temps pour elle de faire connaissance avec son papa et sa maman !

Le week-end précédant sa venue, notre petit bébé nous envoyait des signes. Contractions «douloureuses» nombreuses mais irrégulières, perte du bouchon muqueux, je sentais bien que quelque chose se préparait. Nous avons vécu tout à fait normalement ce dernier week-end à deux, sans rien changer à nos habitudes.
Et puis, dans la nuit du dimanche au lundi, à 4h08, j’ai ressenti un mouvement violent, suivi d’une intense douleur puis un écoulement de liquide. Je venais de perdre les eaux. L’accouchement s’annonçait plus douloureux encore que prévu.
Arnaud s’est levé très rapidement et a achevé de préparer ma valise. Il a ensuite appelé un taxi. Petit coup de stress quand la société l’a rappelé pour lui dire qu’ils n’avaient pas de voiture disponible. Arnaud, très calmement, a insisté en japonais : « D’accord, vous n’avez pas de voiture, mais il va falloir en trouver une car ma femme va accoucher ». Pendant ce temps là, les contractions encore gérables devenaient régulières.

Arrivés à la maternité vers 6h du matin, j’ai eu un examen. La sage-femme m’a alors dit que mon bébé serait là dans la soirée. Je me préparais à vivre une journée longue et épuisante. J’ai ensuite eu un monitoring d’environ une demi-heure, confortablement installée dans un fauteuil, pendant qu’Arnaud commandait les repas qu’il souhaitait prendre dans la journée. J’ai pu prendre une douche et Arnaud a eu un petit déjeuner très copieux. On m’a aussi apporté mon plateau repas mais j’ai été incapable d’avaler plus d’une demi banane. Par contre, j’ai pu boire de l’eau fraîche à volonté durant tout le travail.
Pour m’aider à gérer les contractions, on m’a apporté une chaise spéciale permettant une position physiologique. J’ai testé mais j’ai préféré regagner  le lit. Nous étions dans une salle dite « de travail » qui ressemblait en fait à une chambre avec un lit, une couette, une table de chevet.
Très vite, j’ai perdu la notion du temps, les contractions devenant de plus en plus fortes, de plus en plus nombreuses. J’ai été grandement aidée par les sages-femmes, présentes en continu avec nous et qui me faisaient des massages à chaque contraction pour atténuer la douleur ! Arnaud m’aidait à gérer la respiration, me parlait, tentait par moment un peu d’humour, essayait de me détendre entre les contractions. Puis il n’y a plus eu de répit. Les contractions se succédaient sans pause. J’ai commencé à prendre peur, il n’était pas 11h du matin, mon bébé serait là ce soir, les contractions allaient s’amplifier encore, je ne tiendrais jamais… J’avais soif, j’étais fatiguée, je voulais que tout s’arrête et qu’on rentre à la maison finir notre nuit.
Une sage-femme m’a alors proposé de m’examiner pour savoir où j’en étais. Quel soulagement quand elle m’a annoncé que j’étais en dilatation complète ! 10 ! Déjà ! La douleur m’a alors semblé plus supportable, j’allais avoir mon bébé ! Il serait là pour le déjeuner finalement!
Je me suis réinstallée sur le tabouret spécial, la sage femme guidant mes premières poussées. J’aidais le bébé à descendre. Je le sentais arriver. Arnaud me dit que nous irions en salle d’accouchement au dernier moment.

Vers midi, nous avons enfin traversé le couloir (à ma grande surprise, j’étais capable de me déplacer seule) pour atteindre la salle d’accouchement où j’allais rencontrer  celui ou celle qui allait transformer ma vie.
Plus d’une heure après, j’en étais toujours à pousser et à entendre Arnaud qui répétait inlassablement depuis une demi-heure « on voit la tête ! ». Que ce fut long ! Et que ce fut douloureux ! Les sages-femmes m’ont proposé de mettre de la musique ; je ne sais pas ce que c’était comme CD, mais c’était magnifique, doux, apaisant, vraiment idéal dans cette situation. Je me sentais entourée, accompagnée, encouragée, et pourtant si seule dans l’effort démesuré que j’étais en train de faire. J’ai pu apercevoir la tête de mon bébé avec un miroir ; quelle surprise tous ces cheveux ! Et ça a continué. Respirez, bloquez, poussez ! Et Arnaud :« On voit l’oreille !» Pffff, mais l’oreille, c’est la tête ! J’avais l’impression que ça n’en finirait jamais, que je n’allais pas y arriver.
Et d’un coup, j’ai entendu son petit cri ! On m’a tendu mon bébé et je l’ai posé sur mon ventre. Comme nous l’avions demandé, personne ne nous a dit si c’était une fille ou un garçon et c’est Arnaud qui me l’a annoncé. « C’est une fille. J’ai une fille ! » a-t-il dit avant de verser quelques larmes. J’avais du mal à réaliser ! J’ai serré mon bébé tout contre moi. Mon bébé. Et je l’ai regardée, admirée. J’avais réussi !

Une sage-femme a ensuite, à notre grande surprise, proposé à Arnaud de couper le cordon. Pauline dévisageait son papa de ses grands yeux. Une autre sage-femme (je crois qu’elles étaient six !) a eu la présence d’esprit de prendre l’appareil photo et de photographier ces instants précieux.
Mon bébé a ensuite été reposé sur mon ventre. Je la serrais contre moi, l’embrassais, elle était là, ma fille, ma Pauline… J’étais submergée d’émotions.
Elle a ensuite été pesée, mesurée, essuyée et habillée à quelques mètres de moi et sous les yeux de son papa. Ses bronches n’ont pas été aspirées et elle n’a pas reçu d’antibiotiques dans les yeux.
J’avais l’impression d’être dans un rêve. J’ai pensé à ce moment là qu’accoucher était plus facile que je l’imaginais ! J’ai eu un accouchement idéal, comme à la maison, sans médicalisation : pas de perfusion, pas de sonde urinaire, pas de péridurale, pas d’épisiotomie (juste une petite déchirure que le médecin n’a pas jugé utile de recoudre), possibilité de bouger, de manger, de boire, des massages absolument fantastiques, un mari qui m’a accompagnée du début à la fin, et un bébé magnifique, en bonne santé.
Nous avons passé un moment tous les 3 dans la chambre de travail où nous étions au préalable. De là, nous avons appelé les nouveaux grands-parents. Pauline a ensuite eu un check avec le pédiatre ; on est alors venu me demander l’autorisation de lui donner des vitamines K car le pédiatre trouvait ça important (nous avions mis dans le projet de naissance que nous voulions éviter), j’ai accepté.

Près de 3h après l’accouchement, j’ai pu me rendre (en marchant) dans ma chambre. Pauline m’y a rejoint et nous y avons passé 4 jours, cocoonnées par les nurses. Arnaud aurait pu dormir sur place mais il préférait rentrer le soir pour avoir une coupure avant sa journée de travail. J’ai été particulièrement soutenue pour la mise en route un peu laborieuse de l’allaitement. La seule difficulté fut la communication. Mais les nurses étaient patientes et disponibles, et même sans parler la même langue, on finissait pas réussir à se comprendre mutuellement.

Voici ma chambre d’hôtel hôpital. J’y avais même un frigo !
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Les repas étaient délicieux et copieux ; j’ai pu choisir de manger occidental ou japonais (mais le poisson au petit déjeuner ne me tentant pas, j’ai préféré choisir la cuisine occidentale).

Une grossesse idéale, un accouchement de rêve, un séjour à la maternité inoubliable !

Je n’ai aucune frustration, aucun regret, aucune déception quant à cette aventure que je n’aurai pas pu souhaitée plus formidable ! Je n’ai qu’une envie, recommencer (euh, pas tout de suite non plus…mais nul doute que Pauline aura des frères et soeurs!)

J’en profite pour remercier tout le personnel de l’hôpital et en particulier Sœur Barbara.

5 commentaires »

  1. Brigitte a écrit,

    mars 6, 2008 à 2:45

    Merci Claire pour ce récit détaillé de votre merveilleuse aventure ! :-)
    C’est vrai que je me rend compte maintenant comme c’est différent niveau suivi de grossesse (une echo à chaque visite ! Quelle chance ! !! Et je ne m’attarderais pas sur la limitation des examens gynéco… mais je n’en pense pas moins ! ! ! ;-) )
    Et tu m’as presque (???) donné envie d’accoucher sans péri… enfin j’ai bien dis presque… réponse dans quelques mois ! ;-)
    Allez gros bisous à vous 3 !
    Bri

  2. voilier helium a écrit,

    mars 6, 2008 à 6:11

    merci Claire pour cette narration emouvante bisous from Cherbourg

  3. Florence a écrit,

    mars 7, 2008 à 20:09

    ben voila, jvais oublier ma cerazette ce soir moi lol
    très beau récit… et rassurant pour la suite de mes évènements… ;)

  4. Sandrine a écrit,

    mars 10, 2008 à 19:10

    Et bien voila… avec un tel recit, je regretterais presque d’avoir accouche par Dr.S. :) !! Bravo a tous les deux !

  5. Magali a écrit,

    mars 18, 2008 à 6:41

    J’ai de nouveau internet! J’ai enfin pu voir Pauline dans toute sa splendeur. Je n’en reviens pas tellement elle est belle, toute fine, toute délicate et son regard est si profond, si pur. C’est une merveilleuse petite fille, j’ai hâte de la voir “en vrai”. Le récit de ton accouchement était très émouvant. Donne moi vote de vos nouvelles. Gros bisous. Magali

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